Sonnet anonyme au pochoir

Les bibliothèques et archives de France regorgent de pièces dont beaucoup ne portent aucune signature. Il s’agit souvent de compositions destinées à des joutes poétiques auxquelles concouraient des faiseurs de vers en quête d’une éphémère gloire locale. Les manuscrits ne devaient porter aucune mention identifiable par les membres du jury afin de garantir la neutralité des délibérations. Ces fonds de tiroir poussiéreux sentent la poésie du dimanche. Certains demeurent plaisants à lire comme ce sonnet anonyme daté de 1897 imité de Baudelaire.

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Ni le jour épuisé de tant d’ignominie

Ni l’algèbre latent de lentes contumaces

Ni le regard hautain qui sous les ors menace

La main pâle vaincue de vaine acrimonie

Ni les ris acérés de la belle ennemie

Ni les chemins halés que les rives agacent

Ni les morts surannés aux ailes de rapaces

Qui dévorent les cœurs avec cérémonie

Hâtant le pas au bord du fleuve suspendu

Un cortège étourdi de pieux malentendus

Passe vacant en damassé de circonstance

Et les vents affolés des plaines vengeresses

S’abreuvent en riant du sang de leurs prêtresses

Aux mânes affamés de tristes éminences

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