Il y a (version 2014 + corrections)

(original avril-mai 2014 corrigé)

Note d’intention – Cette série a pour modèle le poème Il y a de Guillaume Apollinaire recueilli dans la section Obus couleur de lune des Calligrammes. Les séquences 3 et 4 ont été écrites avec des mots empruntés à ce texte. On retrouve des mots d’Apollinaire ailleurs, dans d’autres séquences.

# 1

Il y a un livre de correspondances d’Apollinaire à portée de main

Il y a les Tristes d’Ovide dont les morceaux choisis languissent 

sur la table

le recueil en papier bible ouvert à la page du poème

 

Il y a 

Dressée contre le adossée au mur la TSF 

les pas sans lendemain hésitants des forçats 

Il y a le petit nouveau qui veille avec mélancolie sur l’emploi juste des vocables

derrière la fenêtre il y a un palmier dont les branches dans le vent se désolent 

dans la cour de l’école quand l’heure sonne il y a 

les nuages en somme

et les amis secrets dans un fleuve de mains

-o-

# 2

Il y a dans le vent du soir la goguenarde qui rechigne

les éventails roulés sur les éphémérides

Il y a sur la table les cartes bleues du jeu subtil

la vieille femme qui s’endort à cheval sur ses rides

la vie qui ne tient qu’à un fil

Il y a sur le tas de terre un cep de vigne

sous le manteau des pages nues de Parménide

Il y a le rêve fou du tramway métro de Miromesnil

la passation de pouvoir comme un saut dans le vide

Et toi stoïque et droit et qui ne bouge pas un cil

Il y a dans le creux de ta main l’impatience d’un signe

le mot défenestré dans la cour apatride

l’amour fou et le jeu subtil

Il y a le regard effaré de pieux ainsi soit-il

les avis avisés des parques léporides

et sous les becs de gaz les joutes infantiles

des pauvres égarés dans la nuit

-o-

# 3

Il y a un vaisseau sous-marin

mille petits sapins 

un fantassin et une lettre dans mon porte-cartes

Il y a un espion comme un lys devant la TSF

à minuit des femmes demandent un Christ

Il y a un cimetière des figues de Barbarie et de longues mains

un encrier sur le fleuve amour

Il y a des hommes en guerre 

avec mélancolie

-o-

# 4

Il y a ma bien aimée dans les étoiles boyaux

et des éclats d’obus dans les boyaux étoiles

Il y a une lettre de toi qui tarde et des photos

Autour des pièces il y a le chemin

L’horizon

Ce avec quoi il se confond

Il y a des cercueils tièdes et bienfaisants à cinq kilomètres

des croix partout et mon amour à quinze centimètres

Il y a les fleuves la pluie les campagnes

et l’art de l’invisible

-o-

# 5

Il y a

des tas de vieilles pierres qui gravitent

de si grands yeux on dirait des pépites

sur des tombeaux ouverts

Il y a 

de longs cortèges nus de vierges carmélites

au milieu des gravats et des vers

Il y a

des passants indignés par la scène

sous et le monde à l’envers

Il y a

battant le tambour une troupe qui roule

tandis que sous le pont coule 

la Seine à découvert ciel ouvert

-o-

# 6

Il y a

un mélange de nuit sur la planisphère

des tours de gué pour les temps de guerres

et des haillons bâillons

Il y a

de vastes étendues de chênes verts sur les hautes terres

des vies oubliées dans les cimetières

Il y a 

des chemins vacillants sous un ciel amer

des noms effacés sur les pierres

des chemins vacillants et où nous sommes passés avons marché 

pauvres erres

sans demander pardon

-o-

# 7

Il y a sur le quai deux lampadaires jaunes 

un chien aboie que personne n’entend

un vieux bouquet de fleurs pâles qui embaume

sa fragrance emportée par le vent

Il y a un pont à bascule sur le canal qui mène au port

des monuments que l’on a érigés pour les morts

dans les rues une cavalcade

Il y a un virage serré pour éviter la mer

et son pendant à l’autre bout du monde môle

qui attend

-o-

# 8

Il y a sur le accroché au rempart un vieux chemin de ronde

devenu maintenant un lieu de promenade 

pour les familles orphelines le dimanche

la force décuplée des barons

les morts que l’on ne compte plus sous les pierres

à l’horizon toujours le souvenir amer

des uniformes bleus un dimanche d’été sur le quai d’une gare

Il y a une église martyre sur son éperon

un filet d’eau coule coulant dans la rivière

à l’horizon toujours le souvenir amer

des uniformes bleus un dimanche d’été sur le quai d’une gare

Il y a de les vieilles histoires que l’on raconte encore aux enfants

pour les empêcher de dormir

dans leurs yeux des fleurs qui ne demandent qu’à éclore

et l’espoir de ne pas mourir 

le vent la soif l’hiver

le chant lugubre la force décuplée des canons dans la TSF

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