Stendhal au galop

Stendhal est un entomologiste habile. Il épingle le monde.

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Le style de Stendhal : d’abord, son allure équestre. Souvent au galop, parfois au trot, plus rarement au pas.

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Stendhal doit son tempo enlevé au fait qu’il dictait – dit-on – plus qu’il n’écrivait. D’où que son écriture utilise toutes les ressources du parler. On la sent en pleine possession de son oralité. (Lire Stendhal à haute voix. La phrase y gagne, comme souvent d’ailleurs pour d’autres auteurs).

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Il est arrivé à Balzac de lui reprocher – respectueusement (on sait en quelle estime Balzac tenait Stendhal) – cette manière d’écrire qui parfois, galopante, cède à l’approximation dans la construction syntaxique.

Stendhal corrige donc, le plus souvent il suit les préconisations que Balzac lui suggère, mais sans jamais sacrifier le rythme de sa phrase car ce n’est pas seulement le rythme de la phrase qui est en jeu, c’est aussi celui de tout le paragraphe et avec lui de tout le chapitre et avec lui… du livre entier !

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Le style parlé de Stendhal. La chartreuse de Parme se compose d’un grand nombre de monologues intérieurs. Les personnages se parlent à eux-mêmes et, dans un même élan – unité de temps – parlent au lecteur. Nous savons tout de leurs intentions. Ce sont même elles qui forment la charpente du récit dont la trame n’est que le reflet.

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Technique de Stendhal (éléments tirés de quelques citations) :

La duchesse de Sanseverina s’adressant au comte Morsi, page 291 : « … ces détails m’intéressent fort, donnez-les moi tous, faites-moi bien comprendre les plus petites circonstances ».

La duchesse, toujours, page 289 : « … voilà un mot qui peint bien l’état de mon cœur ; si ce n’est la vérité c’est au moins tout ce que j’en vois ».

Encore la duchesse, page 286 : « Dans cette soirée décisive, je n’avais pas besoin de son esprit ; il fallait seulement qu’il écrivît sous ma dictée, il n’avait qu’à écrire ce mot que j’avais obtenu par mon caractère… »

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Technique de Stendhal :

  • le souci du détail (« ces détails m’intéressent fort, donnez-les moi tous »)
  • la peinture des sentiments (« voilà un mot qui peint bien l’état de mon coeur ») 
  • une écriture sous la dictée : écriture des passions, des lieux, des paysages, des objets, des sentiments, les couleurs, les plis des vêtements, les embrasures des portes, les gonds qui grincent, les tapis que l’on soulève, les coussins sur lesquels on repose sa tête…

Ecrivant sous la dictée de ce qu’il voit du monde, Stendhal coule de source. Il est tout entier dans la somme des éléments/images que l’écriture métamorphose.

Habile entomologiste !

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Source : Stendhal, La Chartreuse de Parme, Romans et nouvelles tome II, Bibliothèque de la Pléiade, édition Henri Martineau, 1952.

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