Soubassements sauvages

Vibrations – Capture d’écran du film Infinite Space de Refik Anadol (festival Hors pistes – centre Georges Pompidou – 24 janvier/9 février 2020)

-o-

Que disent les images ? Que nous veulent-elles ? 

Renversons le sens. 

Elles nous disent. Nous aspirent. Nous veulent. 

En 2015, trois milliards d’images circulaient chaque jour sur les réseaux sociaux. Trois milliards. Sans doute beaucoup plus aujourd’hui. 

Un océan. Une horde. 

Les images nous pensent. 

-o-

Jusque-là, me suis tu. Fermé les portes de ma perception. Rien dit au sujet de la rouille, du vent, de l’orage. Les coups répétés de l’archet sur la corde, les fibres du corps en vibration. 

Un horizon à distance de l’homme et de la machine. 

Rien, encore, au sujet des sonorités marines, de la convalescence des algues ni des remuements plastiques. 

-o-

Comment construire une lisibilité – hors des châsses – dans l’infini des possibles, parmi les soubassements sauvages ? 

-o-

Dans Infinite Space, film sonore de 11’ créé en 2019 sur une commande de l’espace artistique immersif Artechouse de Washington, Refik Anadol revisite la déclaration de William Blake : « Si les portes de la perception étaient nettoyées, tout semblerait infini ». L’artiste opère ce nettoyage au moyen des outils qu’offre la machine au XXIe siècle. L’œuvre a été présentée lors du festival Hors pistes au centre Georges Pompidou du 24 janvier au 9 février 2020. On peut lire dans la brochure de présentation : « Infinite space invite les publics à ouvrir leurs sens à la transformation sans fin et aux possibilités infinies de l’intersection de l’homme et de la machine ».

-o-

Et pendant ce temps… – A coups répétés de matraques, de lacrymos et de 49.3, la société française glisse hors du cadre républicain et démocratique qui a fait sa force et son histoire, pour laisser place à un gouvernement brutal, inégalitaire et violent, prêt à tout pour imposer son dogme néolibéral. 

En pareil cas, relire La désobéissance civile de Henry David Thoreau pour qui la politique est l’affaire de tous et pas seulement celle des gouvernants : « La véritable raison pour laquelle, une fois que le pouvoir se trouve entre les mains du peuple, on permet à une majorité de régner et de continuer durablement à le faire n’est pas que cette majorité a plus de chances d’avoir raison, ni que cela semble plus juste à la minorité, mais bien que cette majorité jouit d’une force physique supérieure. Pourtant, un gouvernement dans lequel la majorité dicte toujours la loi ne saurait être fondé en justice, même au sens le plus large où les hommes peuvent entendre cette notion. Ne peut-il exister un gouvernement dans lequel ce ne sont pas les majorités qui décident virtuellement du juste et de l’injuste, mais la conscience ? Un gouvernement dans lequel les majorités ne se prononcent que sur des questions susceptibles d’être tranchées selon le critère de l’utilité ? Le citoyen doit-il jamais, ne fût-ce qu’un seul instant, ne fût-ce qu’extrêmement partiellement, abandonner sa conscience au législateur ? Si oui, pourquoi alors avons-nous tous une conscience ? »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s